PARRAIN/MARRAINE

Les deux lauréats du Prix Lettres frontière deviennent, les "Parrains" ou "Marraines" de la Sélection suivante et remettent en main propre les prochains "Coups de coeur" au cours de la journée L'Usage des mots. 

Jean-Noël Blanc

Lettres Frontière est une institution redoutable. Si jamais elle retient votre livre dans sa sélection annuelle, vous êtes perdu.

D’abord, on vous convie à rencontrer une assemblée de bibliothécaires, de libraires et de lecteurs, qui vous passent un jour entier au grill de leurs questions. Cependant, comme neuf autres auteurs partagent la même épreuve, ce compagnonnage d’infortune vous aide à tenir le coup.

Le pire est à venir. C’est que des bibliothèques vont maintenant vous inviter. Ici, ailleurs. Dans des villes, des villages. Plus loin encore. Là, on vous reçoit, on vous sourit, on aime vos écrits, on vous accable d’amabilités, on vous célèbre, on se met en quatre pour votre agrément.

C’est insupportable. Si vous ne résistez pas, vous allez finir par vous prendre pour quelqu’un d’intelligent, de talentueux et de sympathique. Funeste erreur. Parce que ces qualités-là, l’intelligence, le talent et la sympathie, ne sont pas de votre fait : elles appartiennent en réalité aux organisateurs de Lettres Frontière. Je le sais pour l’avoir expérimenté et vérifié tout au long de cette année, partout où je suis passé.

C’est pourquoi les épreuves infligées par Lettres Frontière procurent en définitive tant de bonheurs. Merci.

Jean-Noël Blanc
Lauréat des Coups de cœur
Lettres frontière 2010

 

 

Olivier Sillig

Inventaire

D’abord, belle surprise de voir un si gros livre récompensé, aussi de ne l’apprendre que sur place, à l’ouverture de l’enveloppe et à l’appel de mon nom. Puis le royaume de la découverte, à un rythme mensuel, par cercles successifs. Je le savais déjà, ce qui fait le charme de notre contrée, ce sont ses contrastes : combien chaque canton, chaque département est différent, les gens, leur mode de communication, leurs relations. Découverte des bibliothèques, leurs styles variés, internes et architecturaux, leur accueil, les gens. Et les hôtels bizarres. En outre, deux fois au moins, sur un bon bout, retour délibéré à pied et pour le plaisir : les spores d’un prochain roman en profitent-elles pour se coller à mes semelles ? La lecture est un acte solitaire dont, et cela est bien ainsi, l’auteur est généralement exclu ; alors plaisir de rencontrer des lecteurs, des lecteurs avertis, avertis non parce qu’ils sont doctes, mais parce qu’ils ont lu le livre - les deux questions les plus directes, les plus pointues, les plus intéressantes, viennent de la doyenne des lecteurs et de leur benjamine. Après une des rencontres, une femme ne trouve pas tout de suite le mot qu’elle cherche :

- J’ai beaucoup apprécié votre… votre…

Je suggère en souriant :

- Ma prestation ?

Elle rectifie :

- Votre simplicité.

Une simplicité que je veux préserver.

Olivier Sillig
Lauréat des Coups de cœur
Lettres frontière 2010