Parrain/Marraine

   


"Prenez votre sac de mots sur l’épaule, pas besoin de boussole mais d’une carte ; car d’instinct vous ne saurez sûrement pas où se trouvent Allonzier-la-Caille, Bloye (dites bien : bloïe) ou Habère-Poche… Vous pourrez même douter un moment que de tels lieux existent. Pourtant, collines, sommets, petite plaine, dernière neige apeurée sous le soleil, lumière de fin d’après-midi fleurie, ils existent... Vous serez en tout cas sûrs d’une chose : à cet endroit sur la carte est épinglé le drapeau d’une bibliothèque vivace.

Cheminez jusque-là et abordez en toute confiance. On aura lu votre livre dans ses moindres détails, préparé la rencontre, animé la salle de signes qui jalonnent votre histoire, fait le rappel des lecteurs, affûté la curiosité. Des sourires et des attentes. Vous serez sûrement rincé à l’eau limpide des questions et des réflexions, lessivé, comme on dit chez nous, par l’effort de vos réponses, mais ensuite on vous fera goûter à des gâteries sorties des fourneaux de vos lectrices, quiches, raclette, tartes, la carte du tendre, de l’onctueux, abreuvé à la générosité de l’accueil, qui vous prouvera que les nourritures terrestres s’accommodent fort bien de la littérature (ou serait-ce le contraire ?...)


Vous connaîtrez les lettres du mot frontière épelées en couleur sur le mode de l’ouverture, de l’enthousiasme. Cette ligne virtuelle au milieu des prés, des bois et des monts ? Pourfendue ! Cette sotte vexation d’avoir à portée de livre un marché potentiel qui ne se laisse pas pénétrer ? Brocardée à petite échelle par l’existence de « Lettres frontière » ! Quel bonheur que ces sauts de puce par-dessus les barrières… J’y ai trouvé des trésors d’attention, puisé une dose d’énergie renouvelable comme celle des mots et de la parole, fait des rencontres dont certaines ne seront sans doute pas sans suite de projets. Et, à Valleiry, j’ai même reçu le cadeau probablement le plus étonnant de toute ma carrière : un grand panier à l’anse de baguette de noisetier, capitonné de belles boucles de copeaux blonds, qui pose fièrement sur le buffet de notre vestibule…

A votre tour de vous mettre en route –vous brûlez de faire le premier pas, n’est-ce pas ?"

Anne-Lise Grobéty
Lauréate des Coups de Coeur
Lettres frontière 2007






"On ne devrait pas donner de prix aux écrivains. Soit, ils ne valent rien, soit, ils sont hors de prix. (Toutefois, tous sont à vendre.) L’écrivain est un déprimé chronique, laissons-le à son vice. L’argent ne compte pas pour lui. D’ailleurs, pour vendre si peu, c’est qu’il dispose forcément d’une fortune personnelle. Non, c’est au lecteur que revient le prix, lui, l’humble passeur dont le chuchotement avisé à l’oreille du voisin, finit, tel un torrent, par se jeter en rugissant contre les falaises stupidement verticales de l’ignorance (Ouf !). C’est le lecteur qui élève le livre, l’auteur n’a fait que le reconnaître à sa naissance, et encore, pas toujours.

Un jour, quand tout le monde sera mort, il sera temps d’ériger des monuments aux MOTS, et c’est à vous qu’incombera l’honneur d’y graver le dernier, un vrai mot de lecteur, comme : ENCORE."


Pascal Garnier
Lauréat des Coups de Coeur

Lettres frontière 2007